Les habitants de Saint-Gilles et des associations se sont rassemblés place de Bethléem, ce dimanche.


31 août 2026

Plusieurs associations dont Basta! et les habitants de Saint-Gilles se sont rassemblés place Bethléem ce dimanche 30 août 2026, avec enfants et fanfares, en guise de protestation contre les violences du narcotrafic qui touchent leur commune. 

Ce n'est pas seulement des policiers ou des militaires dans les rues que réclament les Saint-Gillois. "Les organisations criminelles sont en train de prendre possession de ce territoire. Ça ne concerne pas uniquement le business de la drogue comme on le croit trop souvent : l'économie criminelle blanchit l'argent puis le réinvestit dans l'économie traditionnelle", alerte Marcella Militello, Présidente de l'Asbl Basta !. Cette association inspirée par les mobilisations anti-mafia de la société italienne, promeut la prévention sociale de la criminalité. C'est elle qui est à l'origine de la manifestation.

"Le trafic de drogue, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", continue-t-elle. "Il est lié au trafic d'êtres humains et au trafic d'armes. C'est ce qui met des kalachnikovs dans les mains de gamins de 14 ans". 

Cette gangrène est en cours à Bruxelles selon Basta ! "Ensuite, l'argent est réinvesti dans l'immobilier : on achète une maison à bas prix en cash, on la rénove en logements de luxe avec de la main-d'œuvre illégale et on la revend 10 fois plus cher. Et ça va plus loin : les mafias répondent aussi à des appels d'offres, notamment dans le bâtiment. Et dans le nord de l'Europe, elles investissent dans les énergies renouvelables, les panneaux solaires". Aussi Basta ! plaide-t-elle pour la confiscation des biens des organisations criminelles. "La magistrature doit aussi pouvoir travailler : il faut que les 80 policiers promis soient des enquêteurs".

Le tableau dressé par Basta ! est sombre. Mais la manifestation met aussi l'accent sur les solutions sociales à cette crise. "Il y a des anticorps sociaux aux mafias", argue Marcella Militello. "On l'a vu en Italie, en Espagne, en France : la loi ne peut pas répondre à tout. Oui, on a besoin de l'armée, mais d'une armée d'instituteurs, d'éducateurs de rue, de travailleurs sociaux, d'employés communaux. Il faut miser sur leur synergie : une approche oubliée dans les réponses des gouvernements". 

La militante suggère ainsi que les acteurs sociaux soient invités aux réunions comme le CORES. Et de tacler les récentes politiques d'austérité : "Il faut remplir le vide économique qui appauvrit l'associatif, sinon on ne pourra pas soigner les maladies sociales". 

Une position que partageaient beaucoup de belges présents hier à la manifestation et qu’un papa résumait ainsi “Les enfants doivent pouvoir jouer dehors sans risquer de se prendre une balle perdue. "Sans doute n'y a-t-il pas assez de policiers contre une violence de plus en plus organisée, mais il faut sortir de nos oppositions entre sécurité et prévention".