17 avril 2023
Fait unique de l'histoire de la déportation des Juifs dans l'Europe nazie : le 19 avril 1943, trois résistants arrêtent le XXe Convoi de 1631 déportés. Avant la frontière, 231 s'évadent du train : 205 retrouveront la liberté , 26 y perdront la vie.
Coïncidence, c’est aussi le jour où le ghetto de Varsovie se soulève. En Belgique comme en Pologne, beaucoup parmi les Juifs sont conscients que la déportation signifie la mort. C’est pourquoi, dans le camp de rassemblement de Malines, de petits groupes préparent leur évasion.
Le 19 avril 1943, le vingtième convoi quitte la caserne Dossin pour une « destination inconnue ». En fait, ce vingtième convoi quitte la Belgique à destination d'Auschwitz, avec à son bord 1 631 déportés juifs. Entre Boortmeerbeek et Haacht, à 23 heures 30 dans une courbe montante bordée d'un taillis, le jeune médecin bruxellois Youra Livchitz, avec deux amis d’école (l’Athénée d’Uccle), Robert Maistriau et Jean Franklemon, s’attaquent au convoi arrêté par un feu de circulation.
Youra Livchitz est armé d’un petit révolver procuré par des amis résistants du Groupe G. Les gardes, une quarantaine d’hommes de la “Schutzpolizei”, occupaient toujours jusqu'alors une voiture en queue du train. Mais le nombre de déportés est, cette fois, exceptionnellement élevé dans un train qui compte entre 30 et 35 wagons ; l’escorte est donc répartie dans deux voitures, une en queue de train et l’autre derrière le tender de la locomotive.
Là où ils réussissent à faire glisser la porte d'un wagon, Franklemon et Maistriau ne parviennent pas pour autant à convaincre les déportés de prendre le large; les responsables de l'ordre protestent, des voyageurs craignent un piège, d'autres sont trop vieux ou trop faibles. A ceux qui sont sortis (17), les garçons glissent dans la main quelques billets de cinquante francs en leur disant de disparaître au plus vite. Les gardes tirent. Des gens tombent, crient. Puis le convoi repart en soufflant, les trois sautent sur leur vélo et s'enfuient.
Cinquante kilomètres plus loin, alors que le train roule, d’autres déportés sautent par des ouvertures qu’ils ont pratiquées avec des outils volés dans la Caserne Dossin. Si 26 cadavres jonchent les rails, en tout, 231 fugitifs – un déporté sur 7 – ont trouvé le courage de s’enfuir. Dont Simon Gronowski, alors âgé de 11 ans, poussé hors du wagon par sa mère. Il racontera sa fuite 60 ans plus tard. Ce n’est pas un cas isolé, le convoi XVI, entre Malines et la frontière allemande, perdit 177 de ses 999 « passagers ». D’où l’utilisation des wagons à bestiaux lors du XXe.
Dorénavant, la déportation vers Auschwitz se fera en wagons à marchandises scellés et de jour. Auparavant, les Juifs partaient dans des voitures pour voyageurs de troisième classe; les portes étaient verrouillées de l'extérieur.
Arrêté quelques jours plus tard, Livchitz réussit à s’évader des locaux de l'Avenue Louise (le n°453 est le siège de la Gestapo), mais sera repris avec son frère en tentant de passer en Hollande. Il sera fusillé au Tir National le 17 février 1944 comme otage terroriste. Jean Franklemon, arrêté le 4 août 1943, survit à Sachsenhausen et Robert Maistriau sera pris le 21 mars 44, déporté à Buchenwald et Bergen Belsen, où il sera libéré le 15 avril 1945. Il décèdera le 26 septembre 2008.

