La Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant.


22 novembre 2024

Jeudi, la Cour pénale internationale de La Haye a émis des mandats d'arrêt pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre présumés contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou et l'ancien ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant ainsi que contre Mohamed Deif, le numéro 2 du Hamas présumé mort depuis des semaines.

Le procureur de la CPI, Karim Khan avait demandé ces mandats d’arrêt accusant Israël d’avoir pris pour cible des civils à Gaza et d’avoir utilisé la famine comme méthode de guerre.

Israël rejette fermement ces accusations, et met en avant le ratio relativement faible entre les victimes civiles et les terroristes tués à Gaza, ainsi que l’utilisation de civils comme boucliers humains par le groupe terroriste, tout en soulignant ses propres efforts pour étendre l’aide humanitaire à l’enclave malgré les pillages réguliers des gangs et des groupes terroristes.

Le Premier ministre israélien a violemment réagi à la décision de la Cour pénale internationale. Il a parlé de "juges biaisés motivés par la haine antisémite envers Israël", et comparé cette décision à une nouvelle “affaire Dreyfus".

Benjamin Netanyahou a ajouté : aucune guerre n'est "plus juste" que celle menée par Israël depuis le 7 octobre 2023, "après le plus grand massacre commis contre le peuple juif depuis la Shoah".

"Israël rejette avec dégoût les actions et accusations absurdes et mensongères" de la CPI, cette institution "politiquement biaisée et discriminatoire". 

Le Hamas de son côté a qualifié la décision de la CPI de "précédent historique important", tandis que le Jihad Islamique y voit "un pas dans la bonne direction, qui arrive trop tard". Aucun des groupes n'a mentionné le mandat d'arrêt visant Mohammed Deif, un de leurs commandants.

Enfin le bureau du Premier ministre accuse le procureur principal de la CPI d'être "corrompu" et de tenter de "sauver sa peau face à de graves accusations de harcèlement sexuel". 

“Le procureur a menti lorsqu’il a déclaré aux sénateurs américains qu’il n’agirait pas contre Israël avant d’être arrivé ici et d’avoir entendu la version des faits de l’Etat hébreu. C’est pourquoi il a soudainement annulé son arrivée en Israël en mai dernier, quelques jours après que des soupçons aient été émis contre lui pour harcèlement sexuel” assure le premier ministre israélien.

"Benjamin Netanyahou ne cédera pas aux pressions, ne reculera pas et ne se retirera pas jusqu'à ce que tous les objectifs de guerre fixés par Israël au début de la campagne soient atteints".

L'ancien ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant a lui aussi qualifié la décision d '"infamie éternelle" qui "place sur un même plan l'État d'Israël et les dirigeants meurtriers du Hamas".

"Cette décision crée un dangereux précédent contre le droit à l'autodéfense", a-t-il souligné, affirmant que les "jours où l'on pouvait priver Israël du droit de se défendre sont révolus". Gallant s'est dit "fier" d'avoir dirigé la défense israélienne dans cette "guerre des sept fronts" qui, selon lui, "déterminera l'avenir d'Israël". 

Les responsables politiques israéliens de tous bords ont eux aussi vivement dénoncé cette décision.  

Benny Gantz, leader du Camp national, a parlé d'"aveuglement moral et de honte historique qui ne sera jamais oubliée". Avigdor Lieberman, président d'Israël Beitenou, y voit "une preuve supplémentaire de la double moralité et de l'hypocrisie de la communauté internationale". 

La France et les Pays-Bas ont annoncé jeudi qu'ils respecteront la décision de la Cour pénale internationale. La Belgique et la Jordanie ont rapidement suivi avec des annonces similaires.

La vice première ministre belge Petra de Sutter a tweeté : “La CPI a lancé des mandats d'arrêt contre Netanyahu, Gallant et Deif. L'Europe doit se conformer. Imposer des sanctions économiques, suspendre l'accord d'association avec Israël et exécuter ces mandats d'arrêt. Les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité ne peuvent rester impunis.”

De son coté le vice premier ministre Frank Vandenbroucke (Vooruit) a déclaré que la Belgique devait "appliquer complètement" les mandats d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI). 

Josep Borell, chef de la diplomatie de l'Union européenne a lui aussi tweeté : 

“ Les décisions de la CPI sont contraignantes pour tous les États qui ont signé le traité de Rome, ce qui inclut tous les États membres de l'UE”.

Cette décision a des implications majeures pour les déplacements des dirigeants israéliens, qui se voient désormais interdits d'entrée dans la majorité des 124 pays à travers le monde, dont plusieurs alliés traditionnels d'Israël. Parmi les pays concernés figurent entre autres de nombreux pays d’Europe mais aussi l'Australie ou le Canada, et des pays d'Amérique latine.

Le gouvernement britannique a affirmé : "Il n'y a pas d'équivalence morale entre Israël, une démocratie, et le Hamas et le Hezbollah libanais, qui sont des organisations terroristes". La Grande-Bretagne va donc d’abord procéder à un examen juridique avant de décider si elle respectera ou non les mandats d’arrêt CPI. 

L'Italie a déclaré qu’elle serait contrainte d'arrêter Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant s'ils se rendaient sur le sol italien, conformément au droit international. Mais interviewé par la RAI, Guido Crosetto le ministre des affaires étrangères italien a toutefois exprimé son désaccord avec la décision de la CPI, estimant que la Cour "s'est trompée".

Les États-Unis "rejettent fondamentalement" la décision de la Cour pénale internationale, a déclaré jeudi le porte-parole de la Maison Blanche.

Le président des États-Unis, Joe Biden, a vivement critiqué les mandats d'arrêt. "L'émission de mandats d'arrêt contre Netanyahou et Gallant est scandaleuse", a-t-il déclaré. "Laissez-moi réitérer au sujet de ce que le tribunal pourrait insinuer ici : il ne faut pas comparer Israël au Hamas. Nous serons toujours du côté d'Israël face aux menaces à sa sécurité".

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a vivement critiqué la décision de la Cour pénale internationale, la qualifiant de "honteuse et ridicule". Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban a déclaré ce vendredi qu'il inviterait le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à se rendre en Hongrie et qu'il garantirait que le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale à l'encontre de M. Netanyahu « ne serait pas respecté ».

L'Argentine a également exprimé son "profond désaccord". Buenos Aires dénonce une résolution qui "ignore le droit légitime d'Israël à se défendre" face aux attaques constantes des organisations terroristes comme le Hamas et le Hezbollah.