Le sort des otages israéliens préoccupe le monde entier
Le Hamas affirme détenir entre 200 et 250 otages israéliens et selon lui, 50 autres otages seraient détenus par divers groupes terroristes armés dans la bande de Gaza.
Le groupe a par ailleurs annoncé que 22 otages avaient été tués lors de frappes israéliennes, sans toutefois fournir de preuves, et ils ont fait connaître leur intention de tuer des otages en réponse à des frappes israéliennes "contre des cibles civiles".
Quatre otages ont depuis été libérés par le groupe, Judith et Nathalie Raanan, mère et fille possédant la double nationalité israélo-américaine. Le groupe a déclaré qu'il les avait libérés pour des "raisons humanitaires". Et lundi 23/10 au soir, le Hamas a également libéré Nurit Cooper (79 ans) et Yocheved Lifshitz (85 ans), toutes deux du kibboutz Nor Oz et ne possédant pas de double nationalité. Leurs maris respectifs sont toujours aux mains des terroristes.
Les 220 otages confirmés sont originaires de 22 pays différents, et on compte au moins sept Allemands et huit Argentins, une dizaine d'Américains, des Portugais et des Français, ainsi que des Népalais et des Thaïlandais.
Il s'agit de mineurs, dont un bébé de neuf mois, des civils, des soldats, des militants pacifistes, des grands-parents, dont une vingtaine ont plus de 60 ans. Beaucoup d'entre eux sont sous traitement et ont besoin de médicaments pour des pathologies préexistantes. Et l’on sait qu'un certain nombre d'entre eux ont été blessés au cours de l'assaut.
Selon l'armée israélienne, deux semaines après l'attaque, "la majorité des otages sont [encore] en vie".
On ignore à l’heure de publication de cet article les raisons pour lesquelles les femmes citées ont été libérées avant les autres, la manière dont elles ont vraiment été traitées à Gaza, le traitement réservé aux otages restants, ainsi que les intentions concernant ces derniers.
Les efforts entrepris depuis la prise d'otages sont les suivants
1- Plusieurs opérations de Tsahal en territoire palestinien pour "trouver et localiser les corps près de la bande de Gaza", selon le porte-parole de l’armée.
2- L’unité d’élite du renseignement militaire, la Sayeret Matkal, chargée de sauver des otages hors des frontières du pays.
3- Le "Forum des familles d'otages et de disparus" créé par les familles elles-mêmes, qui mobilise ses propres ressources, et la diplomatie. Gal Hirsch général déchu et englué dans une affaire de corruption) a été nommé la personne de contact des familles.
4- Une plateforme de "milliers de volontaires", composée d’experts civils et de réservistes de l'unité de renseignement 8200, qui aide à l'identification et à la localisation des otages dans un QG commun.
Or, c'est précisément cette localisation qui est particulièrement difficile. Car au-delà des bombardements et du chaos qui règnent actuellement dans la bande de Gaza, il y a ce que les Israéliens appellent le "métro de Gaza". Ce labyrinthe de tunnels creusés sous la bande de Gaza qui constitue une véritable deuxième ville forteresse souterraine et où les otages, ou du moins une partie d'entre eux, pourraient être retenus.
Qui sont les médiateurs ?
Si la libération des Raanan a été facilitée par le Qatar, ce n’est pas le seul état à essayer de résoudre la crise au moyen de médiation entre le Hamas et les pays dont les ressortissants ont été kidnappés. Outre le Qatar et l'Egypte, qui a participé à la libération des deux dernières otages, et qui sont les négociateurs historiques entre Israël et le Hamas, le président turc Recep Tayyip Erdogan a indiqué qu'il était lui aussi en pourparlers avec le mouvement terroriste palestinien.
En coulisses, les pays dont les ressortissants se trouvent entre les mains du Hamas, à savoir les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni s'activeraient pour obtenir leur libération.
De son côté, le Hamas a annoncé dans un communiqué qu'il "travaillait avec tous les médiateurs concernés pour mettre en œuvre la décision du mouvement de clore le dossier des (otages) civils lorsque les circonstances sécuritaires le permettront".
Le Comité International de la Croix Rouge (CICR) conduirait lui aussi des échanges directs avec les responsables du Hamas. Gal Hirsch a personnellement remercié l’organisation pour son aide dans la libération de Nurit Cooper et Yoheved Lifshitz
Pourquoi tant d’otages ?
La tactique de la prise d'otages fait partie du mode opératoire de l'Iran. Compte tenu du "succès" de ses précédentes prises d'otages, ainsi que des récentes négociations qui ont abouti à la libération d'otages détenus par l'Iran, cela a encouragé le Hamas à utiliser cette tactique à grande échelle.
Le groupe sait aussi que les otages vont continuer à faire les unes des nouvelles et que grâce à eux, ils parviendront à manipuler l’opinion publique et mettre de la pression sur les chefs d’états, comme ils l’ont déjà fait la semaine dernière, en parvenant à convaincre Israël et l’Egypte d’ouvrir le passage de Rafah pour l’acheminement d’aide humanitaire, ou en libérant deux otages, et en tentant de faire croire qu’Israël aurait refusé sa proposition de libérer sans condition, deux otages supplémentaires.
Avi Melamed, un ancien responsable des services de renseignement israéliens, cité dans The Guardian, pense qu’Israël va continuer à tenter de séparer la question des otages d'une éventuelle invasion terrestre, malgré les pressions croissantes exercées par d'autres pays dont les citoyens sont détenus à Gaza.
"Je pense qu'Israël abordera la question des otages comme s'il n'y avait pas de guerre et poursuivra son plan de guerre comme s'il n'y avait pas d'otages", a-t-il déclaré.
Pourront-ils le faire ? Jusqu’à présent, et vu le retard et les reports de l’incursion terrestre à Gaza sous pression, entre autres, des États-Unis, cela ne semble pas être le cas...
Alexandra David, journaliste, experte en contre-terrorisme